Mécénat de compétences : les entreprises accélèrent

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Mécénat de compétences : les entreprises accélèrent

Article de Delphine Iweins et Toscane Auber – Les Echos – 20/01/2019

Mécénat de compétences : les entreprises accélèrent

DELPHINE IWEINS ET TOSCANE AUBER 
 
Debout de gauche à droite : Alain Roumilhac (président de ManpowerGroup France), Marie-Axelle Gautier (directrice des affaires publiques d’Eramet), Augustin de Romanet (PDG de groupe ADP), Stéphanie Lecerf (directrice des ressources humaines de PageGroup France), Pierre Louette (président du groupe Les Echos -Le Parisien, au siège duquel 17 dirigeants d’entreprise ont signé,le 16 janvier 2019, un manifeste en faveur du mécénat de compétences), Gilles Bonnenfant (président d’Eurogroup Consulting), Guillaume Pépy (président du directoire de SNCF), Pascal Gustin (PDG d’Algoé), Dominique Laurent (directeur des ressources humaines de Schneider Electric), Marion Darrieutort (CEO d’Elan Edelman), Christian Caye (délégué au développement durable chez Vinci), Olivier Girard (président d’Accenture France et Benelux), Nicolas Sekkaki (président d’IBM France) et Philippe Bajou (secrétaire général du groupe la Poste) .  Assis : Patrick Pouyanné (PDG de Total), Irache Martinez (directrice générale Marketing de Showroomprivé), Patrick Jeantet (président délégué du directoire de SNCF et président de la Fondation SNCF), Laurence Bloch (directrice de France Inter).    – Ilan Deutsch pour « Les Echos »

Tendance En signant le manifeste mécénat de compétences, dix-sept patrons d’entreprises s’engagent à donner aux salariés les moyens de réaliser des actions d’intérêt général, au service d’une association, sur leur temps de travail.

Le 16 janvier dernier, dix-sept dirigeants d’entreprises ont signé, au siège des Echos un manifeste en faveur du mécénat de compétences. A l’initiative de Guillaume Pepy, président du directoire de SNCF, et de Patrick Jeantet, président délégué du directoire de SNCF et président de la Fondation SNCF, des groupes comme Total, Vinci, Radio France, Accenture, Schneider Electric, ADP, ManpowerGroup France ou IBM France s’allient pour promouvoir ce  levier de performance et d’innovation .

De nombreux bénéfices

83 % des dirigeants trouvent souhaitable de proposer un tel dispositif, nous apprend un récent  baromètre  réalisé par Ifop pour la Fondation SNCF. Pourtant, seuls 23 % des chefs d’entreprise envisagent d’en mettre un en place quand 9 % le font déjà. Il y a donc urgence à agir, car le mécénat de compétences n’apporterait que des bénéfices à l’entreprise. Il permet « une connexion fertile avec un monde associatif innovant, l’apport réciproque de nouvelles compétences, le renforcement du lien des salariés avec leur entreprise, la transformation des méthodes de travail », assure Patrick Jeantet. Surtout, il transforme positivement la vie de l’entreprise, indique l’indicateur Ifop, puisque 67 % des salariés engagés dans du mécénat de compétences avancent ressentir un plus fort sentiment d’appartenance à l’entreprise.

« Ce dispositif est une des solutions pour mieux vivre ensemble. En nous rassemblant, nous allons pouvoir aller plus loin au service de tous les citoyens du monde », insiste le président de la Fondation SNCF. « Comment peut-on mieux exprimer notre lien avec les territoires qu’avec de l’humain ? », ajoute Patrick Pouyanné, président-directeur général du groupe Total. Parmi les sept objectifs à atteindre d’ici à 2021 listés dans le manifeste figurent la mise en place en bonne et due forme d’un système de mécénat de compétences, le partage de bonnes pratiques en France et à l’international, l’évaluation des résultats et la valorisation de l’acte d’engagement des collaborateurs.

L’impulsion de la direction générale

Véritable partenariat, le mécénat de compétences consiste pour un salarié à mettre ses compétences au service d’une association sur son temps de travail. L’impulsion doit donc nécessairement être donnée par la direction générale. « Il ne faut surtout pas entièrement déléguer à nos fondations ce sujet-là. Il faut le vivre », considère Nicolas Sekkaki, président d’IBM France, qui, à titre personnel, s’engage pour la diversité et les compétences. Patrick Pouyanné va lui aussi à la rencontre de jeunes en difficulté une fois par trimestre. Et les salariés du groupe à l’échelle mondiale disposent de trois jours par an pour s’engager dans l’association qu’ils auront choisie par le biais d’une plate-forme ad hoc.

Selon les 17 signataires du manifeste, regroupés en alliance, il n’existerait pas de business model propre au mécénat de compétences. Sa diversité ferait toute sa force. Chaque entreprise peut s’engager à sa façon, à sa mesure et en fonction de ses moyens. « Le mécénat de compétences répond à quatre besoins fondamentaux des équipes : la confiance, l’écoute, la reconnaissance et la puissance d’agir », renchérit Benoît Meyronin, directeur général de Care Experience, une filiale de Domplus Groupe. La diversité des missions proposées, souvent une dizaine de jours par an, permet aux salariés de choisir le type de projet qu’ils souhaitent entreprendre. Qu’il s’agisse de parrainer un jeune en  insertion professionnelle , de mener une mission de conseil auprès d’associations, de rénover des lieux délabrés ou de participer au  développement durable . La fondation de Schneider Electric, par exemple, a signé un accord avec les syndicats sur la base de trois jours par an dédié au dispositif. La demande des 6.000 collaborateurs engagés, particulièrement issue de la jeune génération, est néanmoins bien plus forte. 32 collaborateurs ont ainsi été détachés à temps plein, durant un an renouvelable, dans différentes associations pour venir en soutien aux populations du Sénégal et du Bangladesh notamment. Depuis vingt ans, la fondation recense les différentes missions proposées et défini un cahier des charges le plus complet possible.

Le groupe minier et métallurgique Eramet, lui, n’en est qu’au début de la prise de conscience. « Le rôle social de notre entreprise dépasse largement nos sites d’exploitations », explique Marie-Axel Gautier, directrice des affaires publiques de l’entreprise. Aucune démarche à l’échelle du groupe n’existe pour le moment. Le mécénat de compétences prend la forme d’initiatives locales en région Auvergne-Rhône-Alpes, en Norvège et au Gabon.

A la SNCF, les 3.500 salariés engagés, principalement des cadres, peuvent effectuer des missions de mécénat de compétences durant dix jours par an. La Fondation SNCF est en contact direct avec des centaines d’associations réparties sur tout le territoire, comme Proxicité (soutien scolaire) et Voisins Malins (aide aux publics défavorisés dans la maîtrise d’Internet). « Le lien social fait partie de nos gênes. Nous irriguons tout le territoire », explique Patrick Jeantet. La Fondation SNCF s’est fixée comme objectif d’accroître de 500 salariés par an. Chez Vinci, qui a réduit les processus pour rendre attractif le mécénat de compétences, ce sont près de 700 nouveaux collaborateurs qui s’engagent chaque année.

Un facteur clef d’attractivité

Pour Augustin de Romanet, président-directeur général du groupe ADP, il ne fait aucun doute que « favoriser l’engagement des collaborateurs attire les talents ». Chaque association partenaire du groupe est mentorée par un salarié environ une demi-journée par mois. Fondée en 2015, la fondation ADP s’engage en priorité dans la lutte contre l’illettrisme. Dans le secteur du recrutement, le mécénat de compétences est même devenu un pilier de la marque employeur. « Ce système nous aide à réconcilier les équipes de terrain avec celles du siège. Ces dernières peuvent aussi aller sur le terrain à la rencontre de personnes qui ont des difficultés pour intégrer le marché de l’emploi », développe Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France.Les consultants en stratégie et en communication sont aussi en tête de proue du mécénat de compétences. Eurogroup Consulting a, par exemple, commencé à mettre en oeuvre ce système lors de l’adoption des 35 heures en 1998. Il était alors devenu nécessaire de dégager du temps. Vingt ans après, compte tenu de son succès, Gilles Bonnefant, président du groupe, a décidé de faire chapeauter les relations avec les associations par une fondation.

Chacun peut y trouver son compte

30 % des salariés d’Accenture, soit plus de 7.000 personnes, se sont engagées dans une démarche similaire (voir page X). Les associations choisies par la fondation bénéficient ainsi des compétences de ces collaborateurs plus de 5.000 jours par an. « C’est le sens qui gouverne tout », rappelle Olivier Girard, président d’Accenture France et Benelux. Pour Marion Darrieufort, CEO de l’agence de conseil en stratégie et en communication Elan Edelman, « la vertu incroyable du mécénat de compétences est la création de la confiance ». En plus du « Citizen day » − journée annuelle durant laquelle tous les collaborateurs vont sur le terrain − organisé sous l’impulsion de la maison mère américaine, les salariés français disposent de huit heures par an pour mener à bien des missions de mécénat sur le temps de travail.

Engagés de longue date dans des associations locales, particulièrement les postiers, les salariés du groupe La Poste demandent surtout de la transmission. C’est pourquoi, la direction générale a fait le choix de proposer le mécénat de compétences en fin de carrière. D’une durée d’un an renouvelable, il permet de faire la transition entre vie active et retraite en douceur.  Arkéa réinvente aussi la fin de carrière de ses salariés . En proposant à ses collaborateurs de plus de 59 ans de mettre leur expertise au service d’associations locales, le groupe bancaire coopératif accroît aussi son engagement en faveur des territoires.

Chaque salarié, qu’il soit sceptique, vigilant, individualiste ou plutôt altruiste peut trouver son compte dans une mission de mécénat de compétences. « Lorsqu’un collaborateur estime qu’il est légitime que son entreprise agisse au-delà du champ de son activité, cela signifie qu’il reconnaît qu’elle peut agir pour l’intérêt public, mais également qu’elle doit agir », remarque le sociologue Alain Mergier (voir page X). Mais pour que le dispositif fonctionne, plusieurs conditions sont nécessaires. Il est d’abord impératif d’expliquer concrètement la démarche (60 %), puis de proposer des missions bien encadrées (63 %) et d’assurer un accompagnement des salariés engagés (55 %). Enfin, primordial, il faut que les managers jouent le jeu (76 %). Un dernier point qui nécessite un travail de conviction.

À noter
Les entreprises bénéficient d’incitations fiscales puisqu’elles ont la faculté de déduire de leur impôt 60 % de leur don en compétences. Ce dernier est calculé sur la base du salaire brut du salarié, charges patronales comprises. Plafond : 0,5 % du chiffre d’affaires annuel hors taxeSource : Bulletin officiel des finances publiques-impôts
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