Le flex office, rejeté par les jeunes générations !

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Le flex office, rejeté par les jeunes générations !

Article d’Ingrid NAPPI-CHOULET, Professeur à l’ESSEC – Linkedin – 22/11/2018

Le flex office, rejeté par les jeunes générations !

Ingrid NAPPI-CHOULET, Professeur d’Universite à l’ESSEC, FRICS

Tandis que la plupart des grandes entreprises optent pour la généralisation du concept de Flex office dans l’aménagement de leurs sièges sociaux – c’est-à-dire du bureau non attitré ou affecté au salarié – nous nous sommes concentrés, pour cette 3e édition de notre enquête Mon bureau de demain®, à l’intérêt porté par les étudiants et les futurs managers à cette nouvelle façon d’occuper l’espace tertiaire de bureau.

Plus généralement aussi, après avoir étudié et enseigné depuis près de 30 ans le management et l’économie de l’immobilier, il m’a semblé essentiel de créer une nouvelle chaire de recherche académique exclusivement dédiée à la gestion de l’espace de travail dans l’entreprise, la chaire Workplace Management, soutenue par le mécénat de Kardham et de Nexity.

L’immobilier représente en effet le second poste de dépenses de l’entreprise après les salaires. Longtemps peu considéré par l’entreprise, comme une fonction exclusivement support, voire méconnu par la plupart d’entre elles qui n’avaient aucune connaissance précise de leur parc immobilier d’exploitation (cf. nos études de l’Observatoire du Management immobilier que j’ai créé en 2004), le management immobilier prend aujourd’hui ses parts de noblesse.

Il occupe une place de plus en plus stratégique dans l’entreprise qui, depuis la crise de 2008, prend en compte en plus de la valeur financière de l’immobilier et du coût global du poste de travail, la notion de valeur d’usage des espaces qu’elle occupe et des besoins de ses usagers. L’immobilier est incontestablement aujourd’hui un outil de management et un levier de performance dans l’entreprise.

Et pour autant, cette discipline de gestion n’existe pas dans l’enseignement du management et du pilotage des entreprises. Elle n’est ni enseignée dans les cursus universitaires de gestion des entreprises, ni dans les écoles de management en France et à l’étranger. L’immobilier reste avant tout dans l’esprit des universitaires, une classe d’actifs enseignée dans certains cours de finance ; basta !

Le Workplace management, c’est-à-dire le management de la conception et de l’exploitation des espaces de travail de l’entreprise joue pourtant un rôle important dans le bien-être, la motivation et donc la productivité des salariés. D’ailleurs, les entreprises intègrent de plus en plus la dimension espace de travail dans la stratégie d’attractivité qu’elles mettent en place pour recruter de nouveaux talents.

Par ailleurs, le concept de flex-office occupe le devant de la scène médiatique, par les avantages économiques qu’il procure en réduisant la surface de travail par salarié et en permettant une plus grande flexibilité des usages et des modes d’organisation des collaborateurs autour d’espaces dédiés aux réunions, à la créativité ou à l’innovation. Les plus grandes entreprises l’ont adopté en totalité ou en partie, Danone, L’Oréal, Sanofi, Axa, SNCF, etc.

Ces espaces, qui semblent offrir une liberté totale aux collaborateurs – et au-delà d’être la préoccupation de tout un pan de l’industrie immobilière, notamment des conseils immobiliers, ou des spécialistes de l’aménagement des espaces de travail et du mobilier de bureau – sont-ils réellement efficients ? Réduisent-ils effectivement le coût global de l’immobilier à moyen terme ? Accroissent-ils réellement la productivité des salariés ? Sont-ils réellement plébiscités par la jeune génération nomade ?

Au-delà de ces questions étudiées par la nouvelle chaire de recherche,  comment les étudiants, notamment ceux d’une grande école de management, qui à la sortie de leur formation occuperont des postes ou créeront leur entreprise ou startup, imaginent-ils dès à présent leur espace de travail idéal ? et ce indépendamment de la culture de l’entreprise ou des idées largement répandues par les conseils et les spécialistes de l’aménagement tertiaire, qui ont récemment créé des observatoires professionnels dédiés aux espaces de travail qu’ils aménagent et dont les publireportages foisonnent.

Depuis notre première édition de l’enquête Mon bureau de demain® en 2013, ils sont toujours aussi nombreux à afficher l’importance que revêtiront les espaces de travail dans le choix de leur futur employeur, puisque près de 8 étudiants sur 10 indiquent que l’espace de travail proposé influencera leur choix d’entreprise à la sortie de l’école. (Dans le détail, 40 % indiquent que l’espace de travail proposé est déterminant dans leur choix d’entreprise et 38 % indiquent que l’espace de travail pourrait influencer leur choix d’entreprise).

Deux enseignements majeurs : Le premier réside dans le fait que, contrairement aux années précédentes, le bureau classique individuel et fermé semble être de retour dans les préférences des étudiants. Le second tient au fait qu’alors que l’on pourrait penser que les modes de travail « modernes » tels que le flex-office ou le co-working ont le vent en poupe, il s’avère qu’ils n’attirent que très peu les futurs managers

Le bureau traditionnel fermé ou partagé, premier choix des étudiants

A la question relative au type d’espace de travail principal (quotidien) souhaité à la sortie de l’école, 31 % des étudiants désignent comme premier choix le bureau individuel fermé, 26 % le bureau individuel partagé et 26 % l’open space. Les nouveaux types d’espaces de travail que sont le flex-office, défini ici comme un open-space sans bureau attribué, et le co-working, défini ici comme un espace de travail partagé hors des locaux de l’entreprise, n’apparaissent en premiers choix que pour, respectivement, 8 % et 3 % des étudiants.

Le flex-office est peu plébiscité

Contrairement aux idées reçues, le flex-office s’avère être très faiblement plébiscité par les futurs managers : seuls 8 % le citent comme premier choix, 23 % le citant comme dernier choix. Par ailleurs, 50 % des étudiants l’ayant déjà expérimenté durant leur expérience professionnelle ne veulent pas réitérer l’expérience. En effet 83 % des étudiants sondés ont déjà travaillé plus de 3 mois dans un immeuble de bureau et savent de quoi il s’agit. Ils sont beaucoup plus nombreux à avoir connu l’open-space (59 %) que le bureau fermé partagé (37 %), tandis que seule une infime minorité a expérimenté le bureau fermé individuel (2 %). Les deux-tiers d’entre eux étaient employés dans une grande entreprise (plus de 250 salariés).

Au contraire, notre enquête nous montre que 8 étudiants sur 10 restent très fortement attachés au bureau attitré. Et ils sont 44 % à penser que l’aménagement des bureaux doit refléter l’organisation hiérarchique. C’est une tendance en hausse de 7 points par rapport à l’édition précédente de l’enquête Mon bureau de demain® (2016).

Ainsi, si le bureau classique semble avoir vécu, le bureau en tant que le lieu physique fixe et toujours disponible, où venir travailler, a encore de beaux jours devant lui. L’idée d’une généralisation du nomadisme, marquant la fin des postes attribués, est encore loin d’emporter l’adhésion !

Le cercle des partenaires de la Chaire Workplace Management reste ouvert, n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez rejoindre l’aventure !

http://workplace-management.essec.edu/

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