Explorer l’immense multitude des individus

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Explorer l’immense multitude des individus

Marie Mugler

Marie Mugler, une démarche faite d’écoute et d’exigence.

Après une carrière au sein de grands groupes emblématiques des entreprises traditionnelles, Marie Mugler a choisi une nouvelle voie professionnelle. Aider les autres à faire les choix qui leur correspondent vraiment et être à leurs côtés pour les amener vers le succès, l’efficacité et surtout l’épanouissement… Voilà une nouvelle partie de carrière qui n’a pas manqué d’intéresser Manager l’Enchanteur dans sa réflexion sur mobilité professionnelle et engagement personnel.

Marie, la mobilité personnelle et professionnelle est un des thèmes centraux de la réflexion menée par Manager l’enchanteur. Vous incarnez vous-même cette mobilité.

Comme nous l’incarnons tous plus ou moins ! Savez-vous que 2 actifs sur 3 se sont déjà reconvertis au moins une fois ? Quand on ajoute que 60% des métiers de 2030 n’existent pas aujourd’hui on prend la mesure de ce qui va nous être demandé (et offert !) en termes de mobilité professionnelle, mais aussi personnelle. Il y a quelques années, j’ai complètement changé de vie en quittant les grands groupes et en ouvrant mon cabinet d’accompagnement précisément de ces mobilités.

Que faisiez-vous dans ces grands groupes ? 

J’étais depuis quelques années dans des fonctions de direction générale dans le domaine de l’énergie et de l’environnement. J’étais à la tête de grandes structures chez Engie, EDF, Dalkia … Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne fallait pas avoir les deux pieds dans le même sabot, tant ces domaines ont été révolutionnés depuis 20 ans. J’y ai conduit de grandes transformations et j’ai beaucoup travaillé pour accompagner mes équipes dans les changements qui leur étaient parfois imposés. J’ai pu observer les difficultés de certains et aussi comment d’autres y puisaient une énergie nouvelle qui les conduisait à faire des choses dont ils n’auraient pas osé rêver un an auparavant.

En parallèle, je m’investissais – et continue de le faire – pour la promotion des femmes. J’ai mis en place du mentorat pour les jeunes femmes et commencé moi-même à en accompagner certaines. Passionnant …

Et pourtant, vous avez décidé de tout quitter ?

Et oui ! J’avais envie d’explorer d’autres dimensions, de me confronter à un changement plus radical que simplement changer de structure à diriger ; d’en finir avec « les grands nombres » et de travailler plus en profondeur, avec plus de temps à consacrer à chacun. Plus j’avançais, plus je m’intéressais à ce qui se passe en chacun d’entre nous quand on se met en mouvement vers un ailleurs : hésitations et frustrations, recherche d’inspiration et quête d’orientation, allers et retours, audace et timidité … Et je m’étais découvert une vraie capacité à favoriser la maturation des projets, à aider à l’éclosion de l’affirmation du désir de changement, puis à encadrer la façon d’en parler pour qu’elle soit puissante et efficace. C’est vers cela que j’ai donc décidé de m’orienter.

 

Vous avez donc créé « Les mots pour le dire » ?

Oui, je travaille en face à face avec un large éventail de profils : étudiants préparant un oral de concours ou cherchant leur premier emploi, personne en reconversion professionnelle, artistes défendant un projet artistique ; j’accompagne aussi des professionnels en fonction ; quand ils sont confrontés à des situations complexes : harcèlement (comment s’en sortir), promotion (comment décoder ce qui se passe dans un comité de direction), rachat par une autre société à la culture très différente (comprendre et s’adapter) …

Comment procédez-vous ?

J’essaie de les guider vers là où ils veulent aller. Mais parfois, ils ne sont pas sûrs de savoir ce qu’ils veulent vraiment.  Alors par l’échange,

  1. Je les aide à formaliser leur vrai projet et ce n’est pas toujours celui pour lequel ils viennent me voir à l’origine.
  2. Ensuite viennent « Les mots pour le dire », c’est-à-dire l’expression claire de ce projet. Vous avez remarqué comme les personnes qui ont trouvé leur voie ont une vibration particulière, une chaleur communicative quand elles en parlent ? Nous travaillons sur cela ensemble.
  3. Et pour terminer on s’entraîne comme des sportifs ! On travaille ensemble sur la voix, le souffle, la posture… en cohérence bien sûr avec le contexte de cette expression (entretien, présentation, jury…).

Et pour les personnes qui viennent vous voir face aux situations complexes que vous évoquiez ?

Là, je privilégie le décryptage en commun des situations professionnelles qui les gênent ou qui les inquiètent. Ce sont souvent les clés de lecture ou les codes qui leur manquent. Nous les décortiquons ensemble puis la personne élabore avec mon aide, les réponses qu’elle souhaite apporter dans son contexte professionnel. Elle teste, ajuste, poursuit l’analyse, ajuste encore et un jour n’a plus du tout besoin de moi !

A vous écouter, on comprend que cet accompagnement individuel est source de grande satisfaction car il permet un travail de fond. Mais lorsqu’on a managé des équipes importantes, est-ce que cette échelle individuelle n’apparaît pas trop limitée quant à son impact ?

C’est vrai aussi, et c’est ce qui m’a conduite à me lancer dans l’entrepreneuriat social avec une offre de mentorat en face à face à destination des demandeurs d’emploi confrontés à une reconversion professionnelle. Me voilà startupeuse avec un associé qui développe la plateforme de mise en relation. Une nouvelle aventure en complément de ma pratique individuelle à laquelle je tiens beaucoup.

Destinée initialement aux individus, le dispositif intéresse également des entreprises qui voient dans le mentorat un levier supplémentaire pour combiner aspirations individuelles et agilité des organisations.

C’est-à-dire ?

Beaucoup d’organisations doivent se réinventer ; elles pourraient le faire plus facilement, au moins en partie, si elles parvenaient à mettre les bonnes personnes à la bonne place que ce soit dans ou bien hors leurs murs.
Au niveau des collaborateurs, beaucoup ont des compétences et appétences différentes de celles qu’ils utilisent au quotidien dans leurs postes.

Et comment mettez-vous en mouvement cette dynamique ?

En utilisant le mentorat comme levier supplémentaire d’accompagnement du changement.  Avec les Directions concernées de l’entreprise (DRH, Direction de la Stratégie…), nous identifions et faisons appel à toutes les personnes qui se sont déjà reconverties.

Nous les sélectionnons bien sûr sur la base du volontariat et nous les formons à l’accompagnement de leurs pairs. Nous constituons donc une équipe de mentors qui sont en mesure de parler de leur évolution professionnelle et qui ont une méthode éprouvée pour accompagner ceux qui voudraient à leur tour emprunter cette voie.
Vous savez on écoute toujours plus celui qui vous ressemble !

Vous avez un exemple ?

Je travaille actuellement sur le sujet de la reconversion de militaires, à leur retour à la vie civile, dans une de nos Régions. Nous imaginons mettre en relation d’anciens militaires qui ont vécu ce « changement de vie » et ceux qui à leur tour vont s’engager dans cette voie. Certains sont très jeunes et doivent construire leur projet d’insertion professionnelle. Là aussi, il s’agit de passer les codes, de témoigner de son propre chemin, de montrer que c’est possible.

Et si on parlait management pour terminer ? Avez-vous déjà travaillé avec des managers enchanteurs et quelles étaient leurs caractéristiques ?

Oui j’ai eu la chance d’en rencontrer certains et je dirais que ce sont ceux qui m’ont donné des ailes. Principales caractéristiques : faire confiance et donner des marges de manœuvre. Ils m’ont ainsi incitée à suivre ma créativité, à prendre des risques, à sortir de ma zone de confort. Surtout je savais que je pouvais les solliciter en cas de doute ou de problèmes et qu’ils étaient là pour m’aider.

J’ai donc eu à cœur de m’inspirer de leurs exemples avec mes propres équipes.

Concrètement, pouvons-vous nous livrer quelques-unes de vos façons de faire.

Une de mes clés a été de toujours considérer que nous constituons un collectif où chacun a la même importance. Nous n’avons pas les mêmes rôles, les mêmes fonctions, les mêmes compétences, ni les mêmes connaissances mais nous avons la même importance. C’est le technicien qui réalise l’opération de maintenance qui est le mieux placé pour proposer une amélioration ou pointer une erreur de conception du dispositif. Encore faut-il lui donner la parole et la prendre en compte. C’est mon client qui est le mieux placé pour dire ce qu’il attend de moi et comment il aimerait que cela lui soit mis à disposition. J’ai toujours attaché beaucoup d’importance à mettre en place des façons de travailler qui permettent de capturer ces informations si précieuses. Ce n’est pas de la démagogie, c’est de l’efficacité. J’ai mis cela en évidence avec les premières démarches qualité ; je découvrais avec stupéfaction que la solution était là, disponible : il suffit de poser la question à la bonne personne et d’écouter la réponse.

Un autre de mes principes a été de partager largement les éléments de compréhension de mon ambition et des limites à l’action. Permettre à chacun de comprendre où on a envie d’aller et comprendre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, c’est quand même le minimum si on veut y aller ensemble et si on veut éviter de tirer la locomotive avec les dents ! Je préfère quand chacun met sa propre énergie à aller dans le même sens. La rétention d’information qui permet d’assoir son pouvoir est une plaie contre laquelle j’ai toujours lutté.

Etre manager enchanteur passe donc selon moi par le bon sens et une certaine forme de discipline. Quand le sens et la direction ont été donnés, en créant ces conditions d’écoute et d’efficacité, un manager permet à chacun d’exprimer ses positions et de développer son impact sur l’ensemble de l’organisation.

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Co-auteure de « C&r… 19 mars 2018